lundi 12 octobre 2009

554. NICK DRAKE : Pink Moon


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island records - 1972
3ème album sur 3
produit par John Wood
angleterre

Ecouter de la musique, c'est finalement éminemment égocentrique. Lorsque j'ai commencé à m'y intéresser, je recherchais dans le hard-rock d'abord, la noisy-pop ensuite, toute la rage adolescente que je ne m'autorisais pas à exprimer, toute cette énergie brute dont je ne savais pas quoi faire et comment la canaliser, toute cette sexualité naissante, balbutiante, que je trimbalais comme un boulet honteux et qui ne demandait, à travers le bruit et la fureur des disques que j'écoutais, qu'à exploser à la face du monde et entre les blanches cuisses des demoiselles dont je peuplais mes plus inavouables rêves... Les murs de guitare était un cri, mon cri, mon désir de vivre. Le bruit était mon langage. J'avais l'impression que je ne me ferais entendre qu'ainsi.
Puis vinrent les premières blessures. Les premières désillusions. Et la certitude très vite que ce désir de vivre serait bien plus difficile encore à combler que je ne me l'imaginais. Musicalement, le bruit devint progressivement inutile. Ce n'était plus ce dont j'avais besoin. Je ne désirais plus qu'on crie à ma place. J'avais plutôt besoin qu'on accompagne ma désespérance et qu'on me rassure. Non, je n'étais pas le seul au monde à ressentir cela. Non, la vie n'était pas salope qu'avec moi. Et je me tournai vers une autre musique, celle dont j'eus le sentiment d'être le seul interlocuteur. Car il fallut se donner l'impression que quelqu'un comprenait ce que je ressentais. C'est à cette époque que je découvris Nick Drake et, notamment, ce Pink Moon. A la même époque aussi, à peu de choses près, que je me plongeai dans les disques artisanaux de Lou Barlow, Chris Knox ou Daniel Johnston. Tous des disques de proximité, réalisés avec les moyens du bord, en général à la maison, et dans le dépouillement musical le plus absolu. C'était un homme, son instrument et des chansons qui le racontaient. Et qui me racontaient.
Ces hommes, ils me donnaient l'impression de n'écrire leurs morceaux que pour moi. Ils ne jouaient sur leurs disques que pour moi. Chacune de leurs chansons était un concert privé donné dans l'exiguïté de ma chambre de jeune adulte. C'était un grand frère, seul avec sa guitare ou son piano qui me donnait des leçons de vie particulières...
Et aujourd'hui encore, lorsque, égoïstement, je réécoute Nick, Lou, Chris ou Daniel (voire depuis Elliott, Nicolai ou le sieur Garneau, pour ne citer qu'eux), c'est comme si ma maison se peuplait de grands anciens et d'esprits sages tout disposés à veiller sur mon existence, toujours prêts à panser des plaies constamment rouvertes et à réaffirmer, par leurs douces mélodies, ma normalité et mon intime universalité.



à écouter sur spotify ou deezer

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indice pour la suite

question de rapidité du jour (1 pt)
: quel rapport entre cet album et l'artiste du jour ? --> bonne réponse de Dragibus

9 commentaires:

dragibus a dit…

Un titre de cet album des Ampere s'appelle " Now We Rise, & We Are Everywhere " et c'est l'épitaphe de Nick Drake

dragibus a dit…

c'est un bout des paroles de cet album

coolbeans a dit…

Voui, Dragi...

dragibus a dit…

c'est quand même bien les blogs ça permet de lire de belles choses sur des gens que l'on écoute pas

davnat a dit…

Très joli texte...

Oeureka a dit…

Oui. C'est très beau et très juste ce que tu viens d'écrire là.
"Je ne désirais plus qu'on crie à ma place"
J'ai beaucoup aimé.

daniel a dit…

J'ai beaucoup aimé aussi.
Je te file un lien que j'ai déjà déposé chez KMS au cas où tu l'aurais raté ( plein d'enregistrements de Nick Drake ) : http://time-has-told-me-artist.blogspot.com/2009/05/m-o.html

Sid a dit…

Pink Moon est en effet un chef d'oeuvre, surement l'un des albums les plus pur et intimiste qui soit. La mort de l'homme, à 26 ans, avant même que sa musique soit reconnue, atteste probablement de la sincérité de sa musique.
Dans les albums qui me procurent un plaisir similaire, je recommande Astral Weeks de Van Morrison

Nelson Muntz a dit…

"Haw-Haw!"